Le problème du langage du professeur de philosophie en terminale

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Introduction



Selon les Instructions concernant l'enseignement philosophique du 2 septembre 1925, et " dans la mesure (...) où le professeur est obligé d'exposer sa pensée ex professo, il est inadmissible que les élèves ne prennent aucune note. " [nous soulignons] Un cours dicté est entièrement exclu ; outre la perte de temps qu'une telle dictée constituerait, le fait que " l'élève risque fort d'oublier les développements qu'il aura passivement écoutés sans rien dire et sans rien écrire " et n'en conserver " qu'un insuffisant résumé dont il croira toujours se contenter ", elle va à l'encontre de la démarche philosophique de réflexion : il ne s'agit pas en effet pour l'élève de recueillir une parole extérieure, une quantité de connaissances qu'il n'aurait qu'à assimiler et à apprendre par coeur, mais de comprendre quelque chose, donc de participer de la pensée qui doit être à l'oeuvre en cours.

Pour ce faire, il semble de bonne méthode d'être doublement actif, et par l'écoute, et par la prise de note ; même si le premier de ces points est le plus important et s'il devrait pouvoir suffire, l'attention qui serait alors nécessaire est, par sa durée comme par son intensité ne pouvant faiblir, une qualité presque surhumaine. Aussi le fait d'écrire contribue-t-il assurément à maintenir la vigilance facilement défaillante comme à palier les aléas à venir de mémoires surchargées.

Dans le texte de 1925, A. de Monzie poursuit en affirmant que, contrairement aux soupçons injustes des professeurs sur l'aptitude des élèves à prendre utilement des notes, l'expérience lui a appris que tous peuvent y parvenir d'une manière convenable, pourvu que l'enseignant " conserve toujours dans l'improvisation la plus libre cette netteté d'élocution, cet accent de la parole, cette variété de débit (...) grâce auxquels l'auditeur pourra discerner l'essentiel de l'accessoire, et, sans sténographier, suivre la leçon avec une fidélité intelligente ". Trois-quarts de siècles ont suffit à rendre cette condition insuffisante, ou du moins à en rendre la réalisation extrêmement problématique. Certes, il est sans doute toujours vrai qu'un discours limpide et une parole adaptée au rythme de l'écriture des élèves doivent suffire ; mais la simple compréhension du propos du professeur qui semblait aller de soi pour le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-arts ne peut plus être purement tenue pour acquise.

Nous faisons en effet quotidiennement la malheureuse expérience de ce que nous pourrions appeler l'étrangeté linguistique ; s'il est évident que des élèves de Terminale (spécialement en début d'année) ne peuvent posséder une terminologie technique poussée, et n'ont pas à la posséder, l'on ne peut que rester interdit et handicapé fasse à leur manque de compréhension et leur maniement tout approximatif du français le plus courant. Cette expérience ne serait pas désastreuse si à l'étrangeté linguistique ne correspondait nécessairement une étrangeté conceptuelle ; et le niveau de français catastrophique des élèves, que révèlent leurs difficultés à l'écrit, manifeste donc leur difficulté face à la pratique organisée et suivie de la réflexion. Dans ces conditions, et ainsi qu'ont pu nous l'apprendre quelques mois d'enseignement, l'on ne peut qu'être méfiant vis-à-vis de l'aptitude des élèves à prendre des notes ; quand ce n'est pas la volonté qui leur fait défaut, ce sont les bases de notre langue et le vocabulaire minimal requis, non pas, il va de soi, pour déchiffrer l'Analytique existentiale, mais plus simplement pour manier un français un peu soutenu et rigoureux, condition indispensable à l'exercice de leur pensée.


Le problème peut prendre la forme de la question suivante : comment s'assurer que l'on est entendu (au sens fort du terme) ? Ceci exige d'une part que l'on soit compréhensible, d'autre part que l'on vérifie qu'on a été compris ; ces deux points, qui nous ont conduit à tester certaines pratiques pédagogiques, renvoient ultimement au problème de statut du discours philosophique en général, et du discours tenu en classe de Terminale en particulier.

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